Allocution du 1er août 2017 à la Fouly (VS)

Le loup est peut-être présent dans vos montagnes à l’heure où je vous parle. En invitant un écologiste pour le discours du 1er août, vous l’invitez dans le village…

Rassurez-vous, je ne mange pas les petits enfants, et je ne vais pas plaider sa cause ce soir.

J’ai découvert la Fouly pour la première fois il y a une quinzaine d’années. En 2013, j’ai vécu 4 mois dans le village. Mon intention était l’écriture, j’ai péniblement couvert 2 pages pour ne pas les conserver.

Par contre je me suis beaucoup baladé dans la vallée, vécu des rencontres, des apéros, admiré les paysages. Depuis ce séjour marquant, je suis régulièrement revenu.

Je vais vous dire pourquoi j’apprécie cette région.

Dans mon engagement pour la préservation de la planète terre, j’ai porté une attention soutenue et durable à la protection des terres nourricières. Au travers des découvertes et des rencontres, au sein de la Coordination paysanne européenne, puis de via Campesina, j’ai consolidé l’intime conviction qu’il est indispensable de conserver et de faire prospérer une paysannerie nombreuse, bien formée et équitablement rémunérée sur l’ensemble de la planète.

J’ai constaté que la diminution de la population paysanne, imposée par un modèle économique productiviste, que l’obsession du rendement maximum, que la compétitivité pour produire un maximum de tonnages au coût de production le plus bas possible, épuisaient les femmes, les hommes, et bien souvent encore les enfants, épuisaient la terre, polluaient les eaux, les sols et l’air. Le constat est quasi le même pour l’ensemble des secteurs économiques qui produisent des biens de consommation.

Certes, au lendemain de la dernière guerre mondiale, le recours progressif aux engrais de synthèse et aux pesticides a libéré l’Europe de la faim, a libéré les paysans de l’angoisse de ne pas récolter suffisamment. Vous connaissez la suite aussi bien que moi ; l’agrochimie, l’agro-industrie, l’économie globalisée a poursuivi sa course folle au rendement, jusqu’à s’emparer de semences pour les modifier génétiquement, les imposer aux cultivateurs avec un kit de pesticides et prélever des royalties, au mépris du travail de sélection réalisé par les cultivateurs, qui, dans leur grande majorité, considèrent les semences comme un patrimoine commun, inaliénable.

Fort heureusement, partout dans le monde des voix s’élèvent, contestent ce modèle unique de la production agricoles, des femmes et des hommes s’organisent pour préserver leurs connaissances agricoles, la diversité des espèces végétales et animales, valoriser la production locale. Il est temps que partout dans le monde la paysannerie reprenne pieds sur ses terres.

Pour y parvenir les lois du marché doivent servir en priorité la mise en valeur de la production locale. Il faut donc engager de nouvelles négociations pour des traités commerciaux qui intègrent une nouvelle vision des échanges. Le marché est alors au service d’un développement durable et de valeurs communes.

Cette nouvelle vision des échanges implique que nous nous libérions de la référence obsessionnelle au coût de production le plus bas pour passer commande.

Cette addiction devenue universelle programme les délocalisations, la suppression d’emplois de proximité, programme l’exclusion, impose le développement illimité des moyens de transports, aggrave et accélère le réchauffement climatique.

Lorsque vous quittez le train à Orsières et que vous prenez les sentiers pour monter jusqu’aux alpages tout en réfléchissant sur l’avenir de la planète, l’agriculture de montagne conserve toute sa raison d’être. Lorsque vous songez à la dégradation, à la disparition des terres nourricières dans le monde, vous éprouvez une profonde reconnaissance à l’égard de celles et ceux qui depuis des siècles pratiquent l’agriculture dans les régions de montagne.

Je n’idéalise pas la nature. Elle n’a pas pour vocation de servir l’humanité. Elle peut être ingrate, inhospitalière, dévastatrice. Et sans du tout se tromper, elle peut se targuer de pouvoir vivre, mieux vivre sans nous. L’inverse est impossible.

Lorsqu’une population, comme dans votre vallée, réussit à composer avec son environnement naturel par un développement maîtrisé des constructions, une agriculture respectueuse de la biodiversité, que c’est beau ! Mais il y a un plus, d’une grande importance pour l’avenir ; la vallée dispose d’un potentiel naturel de production. Prenez soin de ce bien commun, cultivez les semences de la sagesse et de la durabilité.

Oui, c’est un écologiste qui vous parle. Vous pouvez l’entendre ainsi. Mais c’est avant tout un citoyen qui, comme tant d’autres, se réjouit que le peuple suisse ait accepté une nouvelle stratégie énergétique, que les consommateurs soient toujours plus nombreux à mettre le prix pour une alimentation de qualité dans la proximité, que des jeunes de plus en plus nombreux s’engagent pour un vivre mieux dans une existence plus apaisée, plus créatrice.

Un citoyen, un politicien aussi qui se réjouit de vivre dans une démocratie qui nous donne les outils pour agir, comme l’initiative populaire , le référendum ou la manifestation. Si les élus tardent à engager les réformes indispensables pour que demain nos enfants et petits-enfants vivent sur une planète qui donne confiance et espoir, c’est à la société civile de s’engager, vous et moi.

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