L’omelette pour tous au fipronil… Actualité (11 août 2017)

Vous avez apprécié les steaks marinés dans le prion de la vache folle, vous avez dégusté les lasagnes à la viande de cheval, et depuis quelques semaines vous avez peut-être eu la chance de savourer des œufs à l’arôme de l’insecticide fipronil.

Rassurez-vous, selon l’OMS le fipronil présente un danger modéré, et, pour vous sentir mal, il faudrait avaler des quantités d’œufs contaminés qui dépassent l’entendement. Ouf ! Mais alors, pourquoi tout ce tintamarre ? L’insecticide est en vente libre pour soigner les animaux de compagnie, eux aussi, victimes de vermines indésirables. Une nuance de taille ; dans l’UE l’usage du fipronil est strictement interdit dans l’élevage d’animaux destinés à la consommation humaine (« En Suisse, il est interdit depuis 2014 d’utiliser du fipronil dans l’agriculture« ). Il aura suffi qu’une firme en fabrique frauduleusement pour le vendre, toujours frauduleusement, à quelques intermédiaires, pour polluer tout le marché européen. La fraude sait se saisir d’un marché globalisé pour s’enrichir, comme elle l’a fait pour les farines de viande contaminée, les lasagnes à la viande de cheval.

Les autorités des premiers pays touchés par le scandale ont traîné les pieds avant d’alerter les instances européennes. Par contre, ces dernières ont réagi sans attendre. Voilà qui nous rassure un peu. Les lots d’œufs contaminés sont retirés de la vente, les enquêteurs sont sur la trace des fraudeurs. Si la menace d’une intoxication demeure éloignée, la littérature nous apprend que ce toxique est toujours utilisé pour traiter les semences, qu’il est mortel pour les abeilles. Mais lequel d’entre nous mange des abeilles ? Elles sont encore utiles pour la pollinisation mais les drones pourraient peut-être prendre le relais et ventiler les pollens….? L’inspecteur Colombo poserait encore une question : « ce fipronil utilisé pour protéger les semences, on le retrouve dans les céréales, les sols, l’eau ? » Eh oui, certainement dans la terre et l’eau, peut-être aussi quelques traces dans les céréales.

Ce nouveau scandale met en évidence, une fois encore, les risques liés à l’utilisation de substances toxiques dans la production agricole. La recherche peine toujours à nous dire quelles sont les conséquences de ces cocktails pour l’environnement et l’être humain. Ce scandale met également en évidence les risques d’un marché globalisé, toujours plus puissant, de moins en moins contrôlable.

Un marché qui, sous la pression permanente de la concurrence, cherche les produits au coût de production le plus bas, quitte à fermer les yeux sur les fraudeurs.

Mon voisin Maurice, agriculteur retraité, détient une quinzaine de poules. Il pourrait augmenter son cheptel et vendre ses œufs à un prix rémunérateur dans son marché de proximité. Dans les villages urbanisés, dans les villes aussi, les poules reviennent. Des voisins craintifs, opposés à ces gallinacées caqueteuses pourraient rapidement changer d’avis… Entre des poids lourds de 40 tonnes qui sillonnent l’Europe pour transporter des œufs tout azimut, ou des poules qui vivent dans le voisinage, le choix raisonnable est vite fait. Plus besoin de se prendre la tête.

Entre vouloir persister dans cette course folle à produire des tonnages à vil prix ou s’orienter vers une agriculture paysanne engagée dans des pratiques agricoles diversifiées et respectueuses de l’environnement pour une alimentation saine, plus besoin de se prendre la tête.

Fernand Cuche
Les Prés, 2523 Lignières, le 11 août 2017

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