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Le groupe agricole de soutien à l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse »

Le communiqué du groupe

Face à une forte prise de position du monde agricole contre les deux initiatives agricoles du 13 juin prochain provenant notamment d’instituts apolitiques tel que la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture ou encore d’exploitations agricoles n’utilisant pas de pesticides de synthèse, plus de trente agriculteurs et vignerons neuchâtelois ont décidé de sortir des champs et des vignes pour former un groupe agricole de soutien à l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ». Nous souhaitons ainsi pouvoir rééquilibrer le débat autour de cette question de société.

Le mélange pêle-mêle d’arguments contre les deux initiatives nous laisse perplexe. La méconnaissance des textes soumis au vote nous rend songeurs. Que les opposants mélangent volontiers les arguments pour faire croire qu’on vote seulement sur un seul sujet, c’est de bonne guerre. Qu’une institution de formation et de vulgarisation fasse la même chose est tout autre. La propagation de sa campagne du 2x NON dans sa correspondance concernant des projets subventionnés par la Confédération est anti-démocratique.

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Le message de Fernand Cuche

Le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, l’amoncellement des déchets, les pollutions diverses et d’envergure, nous rappellent depuis quelques décennies que nous vivons sur une planète qui a des limites.

La pression permanente à produire toujours plus, à consommer toujours plus sans se soucier des conséquences pour la terre, l’eau et l’air a fait de nous, dans les pays industrialisés et riches, une population vivant dangereusement hors-sol.

Fort heureusement, nous sommes toujours plus nombreux partout dans le monde, à mesurer l’ampleur de ce mal développement. Partout dans le monde des paysannes et des paysans ont décidé de développer des pratiques culturales qui préservent l’environnement.

À l’approche des votations, les 2 initiatives anti-pesticides provoquent des confrontations, des pressions pour empêcher un débat de fond pour l’agriculture de demain.

Réunis ce jour, par vos prises de position, vous rappelez l’importance du débat.

Ce climat me rappelle l’intense et long débat sur la transition énergétique, marqué par l’abandon du nucléaire et le recours aux énergies renouvelables. Marqué aussi par le dépôt de plusieurs initiatives, des débats, des confrontations, des manifestations et l’occupation du site de Kaiseraugst, destiné à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Elle ne sera jamais construite…

Les nombreuses initiatives déposées ces dernières années, concernant directement ou indirectement l’agriculture, expriment de sérieuses préoccupations citoyennes :

– Comment s’alimenter demain ?
– Quelles pratiques agricoles ?
– Quels changements dans notre alimentation pour sauvegarder et développer la biodiversité, conserver des terres fertiles, de l’eau potable et des campagnes vivantes ?

Notre responsabilité de paysannes et de paysans est engagée, comme celle de l’ensemble de la population.

Cette transition vers une agriculture qui renonce aux pesticides de synthèse a été amorcée par les pionniers de l’agriculture biologique. Aujourd’hui, plus de 7000 domaines agricoles ont fait le pas.

Comme pour l’énergie, la transition vers une agriculture durable est inévitable. Nous disposons des moyens nécessaires pour réussir.

Fernand Cuche
Trois-Rods,  le 28 mai 2021

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Oui pour un abandon progressif des pesticides de synthèse.

Le 13 juin prochain, deux initiatives qui nous permettront de renoncer progressivement à des produits toxiques de synthèse pour protéger les cultures seront soumises à votation populaire. Les mesures prises ces dernières décennies ont permis de produire une alimentation relativement saine. Par contre, des résidus toxiques, persistants se sont accumulés dans les sols et les eaux, provoquant une menace pour la fertilité naturelle des terres nourricières, la préservation d’une eau propre et des écosystèmes terrestres et marins.

10 ans pour passer de l’agrochimie à l’agroécologie, c’est non seulement faisable, mais c’est devenu inévitable.

Adulés après la guerre, les pesticides de synthèse et les engrais du commerce qui ont « dopés » les sols et les plantes se sont révélés, quelques décennies plus tard, comme une menace pour la qualité des aliments, la fertilité naturelle des sols et la qualité de l’eau. Malgré une homologation plus rigoureuse des produits, la formation accrue des utilisateurs, des paiements directs mieux ciblés en matière de prestations écologiques, le bilan est mauvais, alarmant. Tout ce qui a été entrepris pour limiter les dégâts s’avère aujourd’hui nettement insuffisant. Soit nous continuons de « bricoler » de nouvelles mesures à la périphérie des champs cultivés, soit nous engageons une réforme fondamentale qui vise des pratiques culturales durables sur la totalité des terres cultivées.

Renoncer aux pesticides de synthèse amène tous les acteurs de la filière alimentaire à penser et agir autrement. Préserver les ressources vitales pour une alimentation saine, suffisante et durable constitue un bien commun. En aval de la production, l’engagement des paysans et des paysannes devra être reconnu et rémunéré équitablement par les acheteurs, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs.

Cette évolution ne sera pas une mince affaire pour les agriculteurs qui n’ont pas encore engagé de nouvelles pratiques culturales, notamment dans la viticulture, le maraîchage, l’arboriculture et les grandes cultures. Pour le Jura et les régions montagneuses, la transition ne se heurte pas à des problèmes agronomiques majeurs. Rappelons que l’encadrement professionnel et financier sera maintenu et renforcé pour accompagner, conseiller. Il s’agit des stations de recherches agronomiques, des services cantonaux de vulgarisation agricole, des chambres cantonales d’agriculture, des Offices fédéraux concernés et de l’Union suisse des paysans. Plus près des terres, les collègues, toujours plus nombreux-euses à pratiquer une agriculture durable, peuvent être de solides appuis. Les paiements directs actuels ne sont pas remis en question.

Sur le fond, il en va de la carte maîtresse de la production agricole ; les sols. Leur vitalité dépend étroitement de la présence de micro-organismes, de champignons, de bactéries et de vers de terre. Vivants, les sols constituent la trame essentielle pour produire des aliments de qualité ; les toxiques, l’intensification, le tassement, les labours profonds, les engrais dopants, l’absence de couverture végétale les dégradent inexorablement. Nous disposons de la connaissance et des moyens nécessaires pour produire tout en les préservant. Renoncer progressivement aux pesticides de synthèse constitue une étape inévitable.

L’écosystème forestier que nous connaissons depuis plus d’un siècle résulte d’une volonté politique qui interdit les coupes rases, favorise la biodiversité, réglemente les coupes par le choix d’une forêt jardinée. Cette pratique a permis de maintenir le potentiel naturel de production sans pesticides et sans engrais. Voilà qui nous inspirer, nous guider pour de nouvelles pratiques agricoles.

Fernand Cuche
Lignières, le 19 avril 2021

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Terre & Nature du 25.03.21 : « Eclairage » à propos de PA22+ avec Fernand Cuche

Le Conseil national a suspendu la politique agricole PA22+, par 100 voix contre 95. Elle devait redessiner les contours d’un agriculture suisse plus écologique.

Accéder au site Terre & Nature

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24 heures du 19.02.21 : Courrier des lecteurs de Fernand Cuche : « Pesticides, une bonne nouvelle »

Pesticides, une bonne nouvelle

À propos de l’article intitulé «Des PLR lâchent les paysans sur les pesticides» («24 heures» du 11 février 2021).

Les délégués du PLR ont rejeté les deux initiatives antipesticides. Le résultat «Pour une eau potable propre» a surpris: 202 non contre 165 oui. La direction de l’USP s’inquiète pour la consultation du peuple le 13 juin prochain; la base du PLR se montre plus écologique que ses représentants à Berne. Voilà une bonne nouvelle pour renforcer la préservation de nos ressources vitales. C’est aussi un signal de plus à l’égard de l’USP qui a tardé, beaucoup trop tardé, à occuper le terrain avec des propositions crédibles, un calendrier, un programme novateur de recherches agronomiques pour passer de l’agrochimie à l’agroécologie.

Face à cette inertie du principal acteur de terrain, des associations se sont engagées ces dernières années par le lancement d’une douzaine d’initiatives populaires concernant l’usage du territoire, l’environnement, la biodiversité, le paysage, les terres nourricières, la souveraineté alimentaire ou un commerce équitable, elles sont quasi toutes combattues par l’USP. Cette stratégie conservatrice a vécu ses heures de gloire lorsque le «lobby paysan» était puissant à Berne. Depuis quelques années la donne a changé; l’organisation faîtière perd pied progressivement sur les terres agricoles qu’elle est censée préserver…

Le résultat du vote des délégué(e)s PLR révèle que la prise de conscience concernant l’utilisation des pesticides et ses conséquences nuisibles pour la fertilité des sols et la pureté de l’eau gagne du terrain. Je ne peux que m’en réjouir tout comme les vers de terre qui ne demandent qu’à poursuivre leur tâche indispensable de fertilisation sans s’intoxiquer. Notre alimentation dépend à plus de 90% de sols vivants.

Fernand Cuche, Lignières

L’article sur le site de « 24 heures »

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Quelques palmiers à huile « bio » pour une agriculture durable ?

Dans l’accord de libre-échange avec l’Indonésie, soumis à votation le 7 mars 2021, l’importation d’huile de palme est censée provenir de parcelles cultivées durablement par des ouvriers agricoles équitablement rémunérés. L’écologie et le revenu équitable ont donc pointé leur nez dans la négociation. Pour contrôler le versement d’un salaire équitable, le Secrétariat à l’économie (SECO) peut se charger de cette tâche ; il possède une grande expérience dans l’analyse des chiffres et fera preuve de perspicacité pour vérifier la confiance que nous pouvons accorder aux organes de certifications des labels retenus.

Pour le volet agronomique, c’est plus complexe ; à notre connaissance et selon la tradition locale, la plantation de palmiers à huile répond aux critères de la monoculture. Les photos que nous pouvons « admirer » en témoignent à perte de vue. Pour produire durablement, la pratique de la monoculture est totalement inappropriée.

Pour assurer la croissance du secteur agricole, l’État indonésien mise toujours sur l’augmentation de l’exportation de l’huile de palme ainsi que sur sa transformation en biocarburant pour un usage national ; la devise d’Esso de 1965 : « mettez un tigre dans votre moteur » sera dès lors plus vraie que jamais… L’accroissement de la production se traduira par une intensification des plantations existantes et par de nouveaux défrichements de la forêt.

C’est une stratégie à courte vue qui s’inscrit dans une vision industrielle de la production agricole, dont nous connaissons les conséquences désastreuses pour la vie des sols et la biodiversité. Il serait plus profitable et durable de miser sur la diversification et la substitution des importations par des productions locales. L’Indonésie est devenue l’un des plus gros importateurs de blé au monde. Augmenter les surfaces pour les palmiers à huile se fera au détriment des communautés locales, de la production vivrière, garante de sécurité alimentaire et au détriment de la forêt. Pourtant, l’Indonésie figure, avec le Brésil, la Colombie et 15 autres nations, parmi les signataires de la Déclaration de Cancun des « pays mégadivers de même esprit » (2002), marquant leur intérêt à préserver la biodiversité et la durabilité.

En signant dans ce contexte un accord de libre-échange, la Suisse a passé comme chat sur braise sur les difficultés majeures à introduire une production durable et crédible, qui correspond à la définition d’une agriculture durable telle que communément admise chez nous.

Elle passe comme chat sur braise sur l’augmentation de cette monoculture de palmiers à huile qui contribue au dérèglement climatique par la destruction de la forêt primaire.

Un récent sondage des Nations Unies révèle qu’au Brésil, en Indonésie ou en Argentine une majorité des sondés sont en faveur d’efforts supplémentaires pour protéger la forêt. Rappelons que depuis près de 150 ans, les forêts suisses sont régies par une législation qui limite drastiquement le défrichage ; cette protection ne fait l’objet d’aucune contestation.

En acceptant cet accord, nous donnons le signal qu’il est toujours possible de défricher, produire industriellement de la nourriture, commercialiser et transporter ces marchandises d’un bout à l’autre du monde. Cette absence de réflexion et de conscience écologique dans les négociations commerciales est effarante.

En refusant cet accord de libre-échange le 7 mars, nous posons un premier jalon, afin que dorénavant les traités commerciaux intègrent la durabilité des bases vitales de la planète au même titre que la profitabilité financière immédiate.

Fernand Cuche
Les Prés / Lignières le 28 janvier 2021

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